Yves Rodier ne s’est pas fait connaître pour son génie créatif, mais pour ses pastiches de Tintin, notamment sa version de « Tintin et l'Alph-art ». Dessiné à partir d’un scénario peu abouti, et des esquisses publiques de Hergé, ainsi que d’une main peu assurée, l’album pirate de l’Alph-Art n’a bien évidemment jamais été reconnu par la Fondation Hergé et on la comprend...
Initialement présenté comme un projet personnel, Yves Rodier ose tout de même présenter son album à Bob de Moor, quelques mois avant que le célèbre collaborateur de Hergé décède, lors d’un salon du livre.

Qui était Bob de Moor ?
Bob de Moor était un dessinateur de bandes dessinées belge, né le 20 décembre 1925 à Anvers et décédé le 26 août 1992 à Bruxelles. Il est surtout connu pour son rôle important dans l'élaboration des aventures de Tintin aux côtés d'Hergé.
Voici quelques points clés sur Bob de Moor et son implication dans l'univers de Tintin :
- Bob de Moor a rejoint les Studios Hergé en 1951 et il est rapidement devenu l'un des collaborateurs les plus proches d'Hergé. Il était considéré comme son bras droit.
- Bob de Moor a participé à la réalisation de nombreux albums de Tintin, notamment :
- « L'Affaire Tournesol »
- « Coke en stock »
- « Les Bijoux de la Castafiore »
- « Vol 714 pour Sydney »
- « Tintin et les Picaros »
- Bob de Moor était d’un style graphique très proche de celui d'Hergé, ce qui lui a permis de contribuer à la cohérence visuelle des aventures de Tintin lors des refontes successives des premiers albums. Bob de Moor a dessiné presque intégralement l’album « L’île noire » ; on reconnaît à la morphologie de Tintin le trait de Bob de Moor qui est plus appuyé que celui de Hergé.
- En dehors de son travail sur Tintin, Bob de Moor a également créé ses propres séries de bandes dessinées, comme « Cori, le Moussaillon » et « Barelli ».
Yves Rodier : sa version de l’Alph-Art
Lorsque l’on interroge Yves Rodier, non pas au sujet de ses qualités de dessinateur, qui ne méritent aucune attention particulière, mais à propos de son pastiche de l’Alp-Art, il aime à se présenter sous le profil du candide dépassé par les événements. S’il reconnaît que Bob de Moor lui a reproché un scénario indigent (finalement à cause de Hergé...) et un dessin parfois copié sur d’anciens dessins (notamment des cases de Coke en Stock), il insiste pour affirmer que Bob de Moor fut « impressionné » par sa maîtrise du style de Hergé...
à l’instar de tous les tacherons un peu ringards qui s’estiment dignes de figurer sur la photo de famille des vraies, et des rares, génies artistiques, Yves Rodier est bien décidé à proposer son album de « Tintin et l’Alph-Art » à Casterman (l’éditeur historique des Aventures de Tintin) et aux ayants droits de Hergé. Bob de Moor le prévient que cette initiative serait très mal perçue, tout en laissant entendre que dans un « monde idéal », ils pourraient se mettre à retravailler le scénario et revoir le dessin pour proposer aux lecteurs un album plus abouti. On n’en voudra pas à Bob de Moor d’oublier qu’une aventures de Tintin créée par d’autres que Hergé ne serait pas une véritable aventure de Hergé, mais on reprochera à Yves Rodier de n’avoir pas rangé son album dans les oubliettes de la mégalomanie des artistes ratés. En le proposant en lecture libre, Yves Rodier a initié une spéculation ridicule autour d’un brouillon indigeste. Certains faux albums de « Tintin et l’Alph-Art » sont proposer à presque 100 euros sur le web... Méfiez-vous donc des imitations, surtout lorsqu’elles ne servent que la gloriole des imitateurs.
Yves Rodier : psychanalyse d’un magalomaniaque
Que Yves Rodier ne nous en veuille pas de l’imiter dans sa démarche de pasticheur : nous ne sommes ni psychanalystes, ni spécialistes du syndrôme de la mégalomanie, mais on avait envie de s’amuser un peu.
D’abord, en rappelant que la mégalomanie est un trouble de la personnalité caractérisé par une vision exagérée de sa propre importance, de ses talents et de ses réalisations. Les personnes atteintes de mégalomanie ont souvent un besoin constant d'admiration et de reconnaissance.
La mégalomanie se manifeste bien souvent par une fausse modestie, une manière subtile pour une personne de se mettre en avant tout en feignant l'humilité. Voici quelques façons dont cela peut se manifester :
- Une personne mégalomane peut dire des choses comme « Ce n’est qu’un modeste témoignage », après avoir accompli quelque chose qu’elle juge exceptionnelle.
- Une personne mégalomane peut faire des remarques du genre « Je ne suis pas aussi doué que certaines personnes, mais... », elle peut énumérer ses propres réalisations en le plaçant sous la caution d’un mentor ou d’un maître, laissant entendre qu’il serait logique de qualifier ses créations dignes de ses prédécesseurs.
- L'autodérision est également une forme de vantardise déguisée. Une personne mégalomane peut se moquer d'elle-même de manière exagérée, attirant ainsi l'attention sur ses prétendus défauts, qui sont en réalité des qualités. Dans le cas de Yves Rodier, celui-ci évoque un simple passe-temps, une tentative au départ dénuée d’enjeu ou d’ambition, alors qu’il a cherché à obtenir la caution de Bob de Moor et de Casterman.
Ce comportement peut être déroutant, car il mélange humilité et arrogance. Il est important de se rappeler que la mégalomanie est un trouble complexe, et que les personnes qui en souffrent peuvent ne pas être conscientes de leur comportement.
Yves Rodier sous la bienveillance de Hergé !
Lire de la plume de Yves Rodier : « J’espère que de là-haut, le Maître jettera un coup d’œil sur cette tranche de la vie de son fils et qu’il en sera tout de même un peu fier... » mérite un petit commentaire de texte... Rodier commence par espérer que Hergé sera attentif à son travail. Il qualifie Hergé de « Maître », avec une majuscule, ce qui permet de positionner le créateur de Tintin sur un piédestal peu encombré. En espérant que ce Maître sera fier de l’album de son album, Yves Rodier vient se placer pas loin du génie de Hergé... Rien que ça...
D’autre part, oser qualifier le pastiche de l’Alph-Art de « tranche de vie de Tintin » est révélateur d’un sentiment de surpuissance fascinant, surtout si l’on sait que Hergé lui-même a considéré que toute aventure de Tintin qui ne serait pas imaginée par lui ne serait pas une véritable aventure de Tintin. Par extension, on pourrait donc dire qu’un pastiche de son héros ne saurait revendiquer de raconter une tranche de vie de Tintin... Mais pas Yves Rodier, qui inscrit donc son nom sur le marbre des Aventures de Tintin, à la droite du Maître, sans doute...
Ne plus confondre mégalomanie et prétention...
Venant de la part d’un site qui revendique une révélation inédite à propos du contenu de trois albums de Hergé (La véritable destination du Vol 714, La véritable valeur des Bijoux et La véritable révolution des Picaros) est-il raisonnable de qualifier un dessinateur de mégalomane, au prétexte que son ambition dépasse ses capacités artistiques ? Nous accuser d’une telle engeance serait alors confondre la mégalomanie et la prétention. Car si nous avons la prétention de proposer un point de vue inédit sur l’œuvre de Hergé, jamais Yves Rodier n’exprime cette volonté : celle de se mettre, par exemple, au même niveau que son maître ou de proposer un projet artistique nouveau qui mettrait en valeur Tintin d’une manière originale. En somme, c’est lorsque l’on se présente sous la tunique de la modestie, tout en se permettent de marcher sur les plates bandes du génie, que l’on exprime sans détour une estime de soi supérieure à ses propres capacités. Un mégalomane n’étant rien d’autre qu’une personne avide d'une reconnaissance dont elle ne pourra se satisfaire : parce que cette reconnaissance ne pourra émaner que de gens incultes.
Pour conclure, relisons ce que dit Yves Rodier au sujet de son pastiche : « Le dessin fut réalisé selon la méthode de travail de Hergé »... Comme quoi, si un bon artisan peut imiter le travail d’un autre artisan, en imitant sa méthode travail, un aimable tâcheron n’égalera jamais un artiste de génie, même en copiant sa méthode travail... Une dernière preuve de la prétention sans bornes d’un piètre dessinateur qui se juge capable de pouvoir comprendre et suivre la méthode d’un artiste de génie...
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